On entend parfois des personnes dire qu'elles ont "un blocage créatif", ou bien qu'elles "aimeraient tellement être plus créatives". Mais qu'est-ce que cela veut dire au juste ? Faut-il être artiste pour être créatif ? Mais alors qui est un artiste et qui ne l'est pas ? La créativité est-elle innée ou est-il possible de l'apprendre et de la développer ? Pour répondre à toutes ces questions, il est utile de commencer par définir le terme.
Nombreux sont les chercheurs qui s'y sont intéressés et qui ont décrit cette faculté, mais la définition généralement admise est celle du psychologue américain Robert Sternberg, selon qui "la créativité est la capacité à réaliser une production qui soit à la fois nouvelle et adaptée au contexte dans lequel elle se manifeste". En d'autres termes, cette production doit se distinguer de ce qui a précédemment été proposé et satisfaire les contraintes de l'environnement dans lequel elle s'exprime. Pour ne prendre qu'un exemple extrême, lorsque Nicolas Copernic développa la théorie selon laquelle le soleil se trouve au centre de l'univers et la terre tourne autour de lui, il révolutionna les points de vue scientifiques, philosophiques et religieux du début du 16ème siècle.
La créativité ayant été définie, quels sont les facteurs qui en modulent l'expression ? Pour citer Maud Besançon de l'Université Paris Descartes, ils sont de trois types : les facteurs cognitifs (liés aux connaissances et aux facultés mentales), les facteurs dits conatifs (liés aux traits de personnalité de l'individu, ainsi qu'à sa motivation) et les facteurs environnementaux, qui regroupent l'influence de la famille, des parents, de l'école, des amis, etc.
Les facteurs cognitifs concernent surtout deux qualités essentielles : la pensée divergente et la flexibilité mentale. La pensée divergente est un processus mental qui permet de produire de nombreuses idées à partir d'un stimulus unique. Par exemple, les différentes interprétations que l'on peut faire de l'étrange dessin qui apparaît dans le Torrance Test of Creative Thinking : une espèce de rond noir avec des pics, qui peut être décrit comme une araignée écrasée, un impact sur un pare-brise, etc. Mais la pensée divergente à elle seule ne suffit pas, car il ne s'agit pas uniquement de multiplier les idées, mais également de se dégager de ses habitudes de pensée. Par conséquent, la deuxième qualité intellectuelle requise est la flexibilité mentale, l'aptitude à trouver différentes solutions à un problème et à envisager un problème sous des angles différents. Ce changement d'approche est bien illustré par l'énigme des six allumettes avec lesquelles il s'agit de former quatre triangles équilatéraux : un tétraèdre fournit la solution...
Les facteurs conatifs concernent les caractéristiques de la personnalité et la motivation de l'individu. Les individus les plus créatifs se distinguent par des traits de caractère comme la persévérance, la tolérance à l'ambiguïté, l'ouverture aux expériences nouvelles, l'individualisme et la prise de risque. Quant à la motivation, il en existe deux formes : la motivation extrinsèque - l'envie de reconnaissance, de richesse, de réussite, de gratification extérieure sous toutes ses formes, et la motivation intrinsèque, qui est liée au plaisir de s'adonner à l'activité créatrice. C'est cette deuxième motivation qui est essentielle, car les personnes qui la possèdent ne se préoccupent pas de savoir si leurs idées seront couronnées ou non de succès, d'où leur capacité à prendre des risques.
Les facteurs environnementaux sont liés au type d'enseignement que reçoit un enfant à l'école, tendant soit vers le conformisme, soit vers l'autonomie ; l'éducation parentale incitant ou pas à la prise d'initiative et à la pensée indépendante ; les amis et leur tendances dominantes, ainsi que toutes autres personnes ou formes d'apprentissages pouvant exercer une influence déterminante sur l'individu.
Mais il existe encore d'autres facteurs, moins souvent mentionnés mais tout aussi importants, à savoir tout ce qui concerne l'hygiène de vie, et notamment l'alimentation. Car pour que les conditions citées ci-dessus puissent être favorablement remplies, il faut avoir un cerveau qui fonctionne de manière optimale. Sans trop entrer dans le détail, plusieurs centres du cerveau interviennent lors du processus créatif, et le dialogue entre les deux hémisphères est primordial. Par ailleurs, la rapidité de transmission des pulsions électriques qui forment la pensée, est en partie déterminée par le niveau de myélinisation des gaines neuronales qui entourent les axones. Il est donc indispensable de ne pas souffrir de carences alimentaires, car il en résulterait des troubles de l'attention, de la mémoire, du raisonnement et de la concentration. Le cerveau consomme dix fois plus d'énergie que les autres organes. La mauvaise qualité nutritionnelle du petit déjeuner réduit les performances intellectuelles de l'ordre de 10 pour cent, 15 pour cent chez les personnes âgées, quand on les teste, par exemple, sur des exercices de calcul arithmétique et de mémoire.
Pour conclure, la créativité n'est donc pas forcément innée, même si certains paramètres liés aux connexions neuronales et à la rapidité de transmission des pulsions à l'intérieur du cerveau sont formatées avant la naissance. Par la suite, une bonne hygiène de vie et l'optimisation des facteurs environnementaux vont être déterminants pour la faculté créative et son développement.
Pour en savoir plus sur la créativité et l'alimentation indispensable au cerveau, vous pouvez lire les articles parus dans "L'essentiel Cerveau & Psycho" de février - avril 2012. Les lignes ci-dessus en sont largement inspirées.
