Carl G. Jung et les émotions

"Certaines tribus croient que l'homme a une pluralité d'âmes. Cette croyance exprime le sentiment qu'ont les primitifs que chaque homme est constitué par plusieurs unités distinctes, bien que reliées. Cela signifie que la psyché de l'individu est très loin d'être définitivement unifiée. Au contraire, elle menace à tout instant de se fragmenter sous le choc d'émotions incontrôlées".

"Ces faits, avec lesquels nous ont familiarisés les études des anthropologues, ne sont pas aussi étrangers à notre stade plus avancé de civilisation qu'il y parait au premier abord. Nous aussi, nous pouvons être atteints de dissociation psychique, et perdre notre personnalité. Nous pouvons devenir déraisonnables, et incapables de nous souvenir de choses importantes nous concernant nous ou les autres, en sorte qu'on nous demande "mais qu'est-ce qui vous prend?". Nous prétendons être capables de "nous contrôler", mais le contrôle de soi est une qualité remarquable par sa rareté. Nous avons l'illusion que nous nous contrôlons. Mais un ami peut aisément nous dire sur nous-même des choses dont nous n'avons pas conscience".

"Il ne fait pas de doute que même dans ce que nous appelons un haut niveau de civilisation, la conscience humaine n'est pas encore parvenue à un degré satisfaisant de continuité. Elle est encore vulnérable et susceptible de se fragmenter. Cette faculté que nous avons d'isoler une partie de notre esprit, est, en fait, une caractéristique d'une grande valeur. Elle nous permet de concentrer notre attention sur une chose à la fois, à l'exclusion de ce qui la sollicite par ailleurs. Mais il y a une différence radicale entre la décision que nous pouvons prendre de mettre à part et de supprimer momentanément une partie de notre psyché, et un état dans lequel ce phénomène se produit spontanément, à l'insu et sans le consentement du sujet, et même contre sa volonté. Le premier processus est une conquête de l'être civilisé, le second correspond à ce que les primitifs appellent la perte d'une âme, et plus près de nous, il peut être la cause pathologique d'une névrose".

"Ainsi, même de nos jours, l'unité de la conscience reste quelque chose de précaire. Elle peut être trop facilement rompue. Et la faculté de dominer nos émotions, qui peut nous paraître désirable d'un certain point de vue, serait par ailleurs une qualité d'une valeur contestable, car elle enlèverait aux relations humaines toute variété, toute couleur, toute chaleur et tout charme. C'est dans cette perspective que nous devons examiner l'importance des rêves, de ces fantaisies immatérielles, insaisissables, trompeuses, vagues, incertaines, que produit notre inconscient".

Ce texte est un extrait de "L'homme et ses symboles" de Carl Gustav Jung, paru pour la première fois en 1964. Nous le reprenons dans notre blog afin d'attirer l'attention sur le fait que Jung s'est exprimé sur les émotions dans plusieurs contextes, par exemple les manifestations de l'inconscient et la faculté de symbolisation de l'homme.

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